07 novembre 2008
Notre administrateur vous parle.
représentant des salariés au Conseil d’Administration d’Air France
Michel Fauré,
Administrateur élu
LA CONTINUITÉ DANS LE CHANGEMENT
A compter du 1er janvier 2009, Air France n’aura plus de PDG qui cumule les fonctions de Président et de Directeur Général. Jean-Cyril Spinetta sera le Président du Conseil d’Administration Le Président du Conseil d’Administration a une responsabilité prépondérante sur la stratégie et la gouvernance de l’entreprise. Pierre-Henri Gourgeon sera le Directeur Général. Le Directeur Général dirige et représente la Compagnie au regard des tiers, il mène les discussions avec les syndicats. Il est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. Ce schéma s’appliquera également à la holding AF/KLM.
Lors du conseil d’administration du 25 septembre, nous avons eu à voter sur cette nouvelle répartition de responsabilités. Il est toujours délicat, pour un administrateur salarié, de prendre position concernant le choix de ses dirigeants. Voici quelques éléments qui ont alimenté ma réflexion :
•Tout d’abord la loi de mai 2001, sur les Nouvelles Régulations Economiques, recommande aux entreprises de dissocier les fonctions exécutives et de contrôle,
•Une fois décidé d’appliquer cette préconisation, il faut désigner les personnes qui seront les mieux à même de défendre les intérêts de l’entreprise et de ses personnels,
•Dans un contexte difficile, nous avons besoin de garantir la continuité avec des dirigeants qui ont fait leurs preuves et qui connaissent bien Air France et le transport aérien,
• Sur le plan social, les dirigeants retenus devront assumer et poursuivre la politique contractuelle, chère à la CFDT, et reconduire des accords qui visent en priorité à garantir les emplois des personnels.
Pierre-Henri Gourgeon et Jean-Cyril Spinetta, qui auront tous les deux la possibilité de solliciter un nouveau mandat, au delà de 2011 pour le premier et 2010 pour le second, semblent les mieux placés pour incarner cette continuité dans le changement et j’ai donc émis un vote favorable pour ces deux nominations.
Dans un contexte de crise où les critiques du système sont nombreuses, des élus CFDT de plusieurs entreprises, administrateurs représentant les salariés à différents Conseils d’Administration, ont souhaité rédiger ces quelques lignes.
POUR UNE GOUVERNANCE* PLUS DEMOCRATIQUE DES ENTREPRISES
*La gouvernance d’une entreprise est l’ensemble des processus, réglementations et institutions qui influent sur la direction, l’administration et le contrôle de cette entreprise.
«La crise financièrea mis en exergue la question de la rémunération des dirigeants des grandes entreprises. Beaucoup, la main sur le cœur, ont apporté leur obole à ce débat, en ciblant les parachutes dorés. Sincérité ou stratégie du chiffon rouge ? Sans doute les deux à la fois. Reste que cette crise financière qui se répercute sur l’économie réelle, mérite bien plus que des propositions limitées à la rémunération des PDG.
Car, faut-il rappeler la responsabilité première des organes de gouvernance de ces banques dans ces prises de risques insensées ?Faut-il rappeler que les décisions se prennent trop souvent en toute opacité, et trop souvent par une élite cooptée par permutation circulaire ? En effet, ce sont souvent les mêmes qui décident dans de multiples conseils d’administration. Par ailleurs, ils se constituent des comités de rémunération à leur image, pour définir entre eux la politique salariale qui s’applique à eux-mêmes. Si le débat autour du cumul des mandats en politique se pose, il existe donc aussi au niveau des administrateurs des grandes entreprises. Le néo-capitalisme international s’érige dans un cercle fermé !
Mais les dérives sont aussi la résultante de la mutation du capitalisme. Le rôle du dirigeant a changé, obéissant au dictat de nouveaux actionnaires plus soucieux de leurs propres intérêts de court terme que de la pérennité même de l’entreprise. L’émergence des fonds de pension, l’accélération des mouvements de capitaux et la mutation de grands groupes industriels en holdings, ont fait le reste. C’est bien là l’illustration du rapport de force désormais inégal entre la vocation financière, la vocation industrielle et la vocation sociale de l’entreprise. Les bons patrons ne sont plus ceux qui projettent leur entreprise dans l’avenir ! Ce sont ceux qui, au travers de normes comptables parfois permissives, se permettent d’afficher des résultats à la hauteur des attentes actionnariales de court terme. Aujourd’hui, la finance n’est plus au service des entreprises, ce sont les entreprises qui servent la finance !
Alors, que nous offre t-on pour sortir de cette spirale ?Le Medef, d’un côté, propose une charte pour moraliser la rémunération des dirigeants. Le Gouvernement, de l’autre, souhaite légiférer pour encadrer celles-ci. Ces propositions, certes intéressantes, n’aboutiront qu’à une moralisation de façade. Interdire les parachutes dorés est effectivement une solution qui lutte contre la prime à l’inefficacité. Mais, dès la promulgation de la loi, il faudra compter sur l’ingénierie de gouvernance actuelle, pour trouver les parades adéquates à cette nouvelle contrainte.
Enfin, ces propositions ne répondront pas au problème de fond. Seule une réflexion plus large et sans tabou devrait permettre d’équilibrer le rapport de force et redonner la vocation première à l’action entrepreunariale. A travers le prisme de la moralisation du capitalisme, une des solutions réside aussi au sein de la gouvernance des entreprises. La question cruelle et cruciale de la composition des organes de gouvernance des entreprises, est donc clairement posée !
L’Allemagne et la Suède prévoient la représentation du personnel dans la gouvernance des grandes entreprises. En France, seules les entreprises publiques et celles qui ont été privatisées ont, par obligation ou conviction, des administrateurs salariés. D’autres ont introduit la représentation des salariés actionnaires.
Air France fait partie des entreprises qui ont des administrateurs salariés au sein du Conseil d’Administration.
Sur les 18 Administrateurs du groupe Air France, 6 sont élus par les salariés. Cela permet à toutes les catégories de personnel d’être représentées et écoutées au Conseil.
L’apport de ces administrateurs est souvent reconnu et précieux. Par leurs connaissances précises de la réalité de l’entreprise, ils rééquilibrent les débats au sein des instances décisionnelles.
Parfois, ils influent sur la décision. Mais la vertu première de cette ouverture réside dans ce que les décisions stratégiques sortent du secret des cooptés. Devant cette transparence obligée, on ne peut plus faire n’importe quoi !
Face aux dérives constatées, les leçons de cette pratique de plus de 20 ans se doivent d’être partagées. Nous avons acquis une expérience concrète du fonctionnement des conseils de grandes entreprises et nous sommes témoins des effets positifs et ses limites de l’application des normes de gouvernance que les institutions financières et les rapports successifs de Viennot et de Bouton préconisent.
Il est effectivement grand temps d’étendre aux entreprises privées, faisant appel à l’épargne et souvent majors du CAC 40, cette révolution démocratique de la gouvernance. C’est de l’intérêt des entreprises de redonner du sens à cette collectivité faite de salariés, de dirigeants et d’actionnaires.
Car la réalité vient de démontrer que la simple consultation du Personnel au sein des comités d’entreprise, qui reste impérieuse, est insuffisante. De trop nombreuses décisions se prennent dans les alcôves des conseils d’administration, entre gens du même monde.
Bien formés, bénéficiant de moyens adaptés et avec une indépendance affirmée par la loi, l’apport des salariés à la gouvernance de leur entreprise, permettrait de rééquilibrer vers l’industriel et le social ce qui est aujourd’hui tourné vers la finance. Ainsi serait retrouvée la confiance que placent les investisseurs, les salariés et les citoyens auprès des entreprises qui ont vocation de produire la richesse qu’une société démocratique se doit de repartager équitablement. »
Patrick LARRADET, administrateur salarié élu au Conseil de surveillance de RTE
Pierre ALANCHE, ancien administrateur salarié élu au CA de Renault
Jean-Claude BERTRAND, administrateur salarié élu au conseil de surveillance d’AREVA
Philippe PESTEIL, administrateur salarié élu au CA d’EDF
Michel FAURÉ, administrateur salarié élu au CA d’Air France
• ASSISTANCE EN ESCALE
J’ai écrit un courrier à la Direction de KLM pour exprimer le mécontentement des salariés des escales de Toulouse, Lyon, Marseille et Nice, suite à la perte du contrat d’assistance en piste des vols KLM City Hopper de et vers le hub d’Amsterdam. Cette perte d’activité est synonyme de perte d’emplois, et ce n’est pas acceptable au sein de la holding AF/KLM.
Pas de réponse à ce jour sur ma demande de revenir sur cette dénonciation de contrat.
• FACILITES DE TRANSPORT
15 syndicats unis et 30 000 signatures d’une pétition par internet ont permis d’aboutir favorablement dans un dossier délicat. Cette unité syndicale et la mobilisation des personnels seront peut-être nécessaires pour défendre d’autres acquis sociaux et le maintien de l’emploi si les conséquences de la crise financière sur l’économie réelle mettent en péril la croissance du transport aérien.
• LA VERITE SI JE MENS
« Je vais vous dire la vérité » !!!
Quand les dirigeants politiques ou d’entreprises commencent leur discours avec ces mots, ils poursuivent en général en nous expliquant qu’il va falloir faire des sacrifices sociaux. Cela sous entendrait-il que l’on ne nous dit la vérité que pour nous faire partager le pire ??
• UN PERCO Air France
Avant la fin de l’année, les salariés d’Air France devraient pouvoir accéder à un Plan d’Epargne Retraite COllectif qui permet de capitaliser un complément de retraite en plus du régime obligatoire par répartition. L’objectif du plan, soumis à un accord avec les syndicats, est d’accompagner et développer l’épargne des salariés. Le PERCO est basé sur le volontariat et l’entreprise a la possibilité d’abonder une partie des sommes épargnées par les salariés.
• ELECTIONS PRUD’HOMMES
Le 3 décembre prochain, les salariés seront appelés aux urnes pour renouveler les Conseillers Prud’hommes. Cette élection, dans le contexte politique, social et économique, revêt une importance encore plus grande. Pensez à demander à voter par correspondance en cas d’absence prévue ce jour-là et vérifiez sur votre carte d’électeur le lieu du vote car ce n’est pas toujours sur le lieu de travail. Ce sera un test de représentativité et de légitimité pour toutes les organisations syndicales.
• DERNIERE MINUTE
Lors de la session du CCE le 22 octobre, J.C. Spinetta a annoncé une importante révision à la baisse des prévisions d’activité pour les deux exercices à venir. Les hypothèses d’un retour à la croissance de + 3% par an, dès l’été 2009, sont ramenées à + ou – 0%. Cette stagnation aura des conséquences importantes sur le niveau des effectifs du groupe Air France. La direction s’est engagée à communiquer plus précisément sur ce dossier d’ici la fin de l’année.
A suivre…
Michel Fauré,
Administrateur élu
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